La Rétro de Mars par Professeur Oz
L’HISTOIRE D’UNE PREMIÈRE FOIS
C’est un problème récurrent à tout rétrogamer qui se respecte : le vieillissement et la conservation de ses machines. Si à l’époque des Amiga, Amstrad ou Nes, on ne parlait pas encore d’obsolescence programmée, force est de reconnaître que ces générations de micro et consoles nous ont offerts des hardwares répondant à l’usure du temps bien mieux que n’importe quelle Xbox 360 prête à « RRoDer » à la moindre mise à jour. Néanmoins il arrive qu’après des années (voire des décennies) de bons et loyaux services, une de vos pouliches rendent l’âme. Deux solutions : compter sur le marché de l’occasion pour acquérir une nouvelle console ou retrousser ses manches et entreprendre une ouverture de la précieuse et y trouver la source de la panne.
Les plus paresseux opteront peut-être pour la première option, mais les prix indécents désormais pratiqués dans le retrogaming (on pourrait presque parler de detroussgaming) réservent ce choix aux plus fortunés (ou à ceux qui ne savent pas gérer leur argent, mais ça c’est une autre histoire). Non ! Si elle n’est pas forcément à la portée de tout le monde à première vue, la seconde solution s’offre quand même comme la plus raisonnable, mais aussi la plus fascinante pour qui fait preuve d’un minimum de curiosité.
Et c’est là que je vais vous faire part de mon expérience récente : j’ai dû réparer ma Nes qui depuis quelques semaines n’affichait plus qu’un écran désespérément aussi gris que la robe de ses cartouches. Mais plus que l’opération en elle-même, ce dont je souhaite vous parler c’est du contexte personnel dans lequel elle s’est déroulée.
Certains d’entre vous rigoleront à la lecture de ce diagnostic : « il va nous parler d’un des symptômes les plus classiques de la 8 bits grise et qui ne représente en rien un quelconque défi ». Certes, mais ce que vous devez savoir, c’est que c’était ma première fois ! Bien que la Caz Retro compte parmi ses membres quelques bricoleurs talentueux qui sauraient sans aucune antisèche vous expliquer comment switcher votre Snes ou raboter votre Mega Drive européenne pour faire passer des jeux japonais, je n’en fait pas partie. Il s’avère que question bricolage, j’ai toujours eu deux mains gauches.
Si comme beaucoup de vieux joueurs, j’ai toujours éprouvé une grande curiosité pour le fonctionnement de mes machines, osant parfois les dévêtir de leur coque pour découvrir leurs entrailles, mon exploration s’arrêtait souvent à ces préliminaires, n’ayant pas le courage, ni les connaissances pour me lancer dans un démontage en règle. Défaire est facile, refaire peut être une autre paire de manche.
Cette peur remonte à l’enfance où ma curiosité abdiquait devant ma crainte de casser une console que mes parents refuseraient de remplacer. Internet n’existait pas encore et ma découverte chirurgicale de mon CPC ou de ma Mega Drive s’arrêtait généralement à la lecture de la fameuse étiquette annonçant la fin de la garantie si tel couvercle était enlevé.
Tout maladroit que j’étais (et que je suis toujours) avec un fer à souder dans les mains, j’ai la chance d’avoir un frère qui à l’opposé de moi n’a jamais hésité à démonter un peu tout ce qui pouvait lui passer sous les mains, jeux vidéo compris, ne craignant jamais d’user de gestes que je pouvais trouver brutaux pour finalement remettre en parfait état de marche une machine. Certains appellent ça avoir des doigts en or .
Quand il m’a donc fallu réparer ma Nes, j’avais déjà identifié la source du problème sur le net. Néanmoins, peu sûr de moi, j’ai préféré attendre de venir rendre visite à ma famille pour présenter la console à mon frère. Si cela fait belle lurette que le jeu vidéo ne l’intéresse plus vraiment, je savais que lui apporter une nouvelle machine (nous n’avons jamais eu la Nes dans notre enfance) attiserait sa curiosité.
Et ça n’a pas loupé, en moins de 10 min, la console était désossée, ces entrailles étalées sur la table. La réparation ne nécessitait pas autant de bricolage, mais au fur et à mesure que nous enlevions les composants, mon frère et moi, par jeu, ne résistions pas à l’envie de démonter quasiment totalement la console. À mon excitation et mon étonnement de découvrir avec quelle facilité la réparation se faisait s’ajouta le plaisir d’un échange de connaissances improbable entre deux adultes redevenus le temps de l’opération deux enfants curieux : mon frère d’expliquer au noob en bricolage que je suis à quoi servait telle puce ; moi de lui détailler les raisons pour lesquelles Nintendo a choisi de transformer la Famicom (dont il ignorait l’existence) en Nes pour le marché occidental.
Finalement, plus que la réparation, je retiens de cet atelier bricolage improvisé un chouette moment passé avec mon frère comme si chacun avait fait un pas vers la passion de l’autre. Si bien des tuto trouvés sur le net auraient pu me suffire à pratiquer ma réparation seul, aucun ne remplacera finalement la transmission directe de connaissances. D’ailleurs à mon grand étonnement mais non sans plaisir, quand je lui ai montré quelques photos de custom de consoles, j’ai vu une lueur dans ses yeux synonyme de défi à relever. Sans vouloir trop en dire, il s’est déjà penché sur la question et m’a déjà conseillé dans l’achat de peintures adéquates. Wait & see comme on dit …
Et si vous vous posez la question, la Nes va très bien, j’ai même pu faire une partie de Super Mario Bros 3 avec ma mère … Une jolie histoire familiale que cette réparation !
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Ce qui demeure à mon sens intéressant dans la pratique du Demake, c’est lorsque le faux jeu rétro pourrait techniquement tourner sur la machine ciblée. Lorsque le développeur se donne des limites techniques (virtuelles bien sûr) pour faire un jeu qui pourrait être lancé sur un émulateur ou même sur la console d’origine, il y a là un respect et un soin apporté à la confection du titre que je trouve remarquables. On est bien au-delà du simple aspect graphique respectueux des codes d’autrefois. J’évoquais le gameplay précédemment, et c’est bien sûr un point essentiel de ces demakes, en tout cas à mes yeux. Les jeux d’aujourd’hui veulent nous faire goûter un peu de tout, on grignote çà et là différentes expériences de jeu, différents gameplay, et finalement rien n’est véritablement approfondi. Le jeu vidéo contemporain est pensé pour être joué sporadiquement, et par conséquent ne doit plus relever de l’apprentissage par le joueur de quelques règles, développées par la suite pour permettre au joueur de restituer son apprentissage en relevant les défis qu’on lui propose, et ainsi prouver sa maîtrise du jeu. Derrière cette ancienne norme du challenge, se cachait en fait la meilleure interprétation du Voyage du Héros de C.Vogler (théoricien du scénario de cinéma) appliqué aux codes du Jeu Vidéo. Ceci pourrait faire l’objet d’un plus vaste débat, mais pour résumer, l’implication du joueur dans l’aventure, et sa réussite au cœur de ce « voyage extraordinaire », ne doit pas être tenu pour acquis, mais comme le voyage du joueur au sein du jeu. Les différentes étapes dans le périple d’un héros d’histoire, qu’il s’agisse d’un roman ou d’un film, doivent être appliqués au joueur autant qu’à son avatar dans un jeu vidéo. Au lieu de vivre une aventure par procuration, le Jeu Vidéo nous permet de vivre cette aventure par interaction. C’est une notion presque philosophique qui démarque profondément les deux époques de notre médium. Je sais que je vais très loin dans mon argumentaire, mais c’est pourtant là tout ce qui fera la différence, quand nous nous plongerons dans la génération HD dans vingt ans. D’où l’importance des demakes dans ce débat, qui nous permettent de surligner ce décalage de jeu, et de l’implication du joueur au sein de ces jeux.











