La Retro de Décembre par Achille Micral

La Retro de Décembre par Achille Micral

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Le rétro, ça rend pas idiot

Lorsque notre cher Anfa’ m’a demandé d’écrire un édito pour évoquer en votre compagnie la victoire d’un site que je connais bien (Rom Game) aux Golden Blogs Awards 2014, ce fut pour moi la VRAIE récompense. Déjà tout ébaubi d’avoir remporté ce trophée, imaginez la joie de l’auditeur et fan assidu des podcasts de Lacaz que je suis. En revanche, satisfaire à la demande d’Anfa’ ne sera pas chose facile, car je me trouve ici dans l’antre du rétro, tout petit, tout admiratif.

Il m’a été demandé de donner ici ma vision du rétrogaming. Personnelles et peu originales, mes pratiques vidéoludiques ne vous apprendront sans doute pas grand-chose. Sachez juste que je brûle du même feu que vous et que j’ai usé mes manettes et mes yeux aux mêmes pixels. Nourrit aux mamelles de Commodore et de Maître Sega et éduqué par un PC 1512 poussif, je ne me suis d’ailleurs que sporadiquement exprimé sur la question dans Rom Game, jugeant que c’est plutôt en traitant l’actualité des autres et en passant les plats qu’une idée directrice sortira de tout cela. Et après presque 2 ans de pérégrinations dans le microcosme du retrogaming, voici ce que je peux dire de cette culture.

Un acte social avant tout

Au-delà des définitions qui auront bien du mal à embrasser tout le retrogaming, celui-ci étant une religion aux nombreuses églises, il est possible d’en dégager la substantifique moelle en considérant les pratiques qu’il engendre.

Si le jeu vidéo est un acte social, le retrogaming l’est peut être encore plus. J’estime qu’avec la politique et le foot, le jeu vidéo est un sujet où la palabre s’exerce avec le plus d’appétit. Tailler le bout de gras autour d’un jeu est le sport favori du retrogamer. Il n’hésite pas à s’adresser à de parfaits inconnus sans doute parce qu’en frottant sa manette à celle d’autrui, le retrogamer parle avant tout de lui. Son espace de jeu personnel, bien que confiné aux limites fixées par sa propre expérience, est ouvert sur l’autre. Sa nostalgie intime devient le ferment de rencontres et de copinages, de polémiques et de grandes découvertes autour d’une culture commune. Bref le prétexte à discuter.

Le retrogaming peut donc créer la parole et la relation. Jugez plutôt : dans son livre « Les jeux vidéo, ça rend pas idiot ! », Yann Leroux cite l’exemple de François Lespinasse, un psychologue qui débloque la parole chez l’enfant présentant des troubles graves de la personnalité grâce au jeu vidéo. Utilisant Super Mario comme médiateur, il fait parler les enfants de jeux vidéo et améliore leurs interactions. Il n’en faut pas plus pour tordre définitivement le coup à la doxa qui veut que le jeu vidéo est facteur d’isolement social et affectif.

L’école de la convivialité

Nouveau venu dans le paysage des blogs retro (mais pas que) Rom Game a été très vite et très bien accueilli en raison de la bienveillance naturelle que je perçois dans la famille du retro.

Une des vertus premières du retrogaming est sa convivialité. Il suffit de voir le nombre de conventions et soirées qui fleurissent en France, il suffit également de compter le nombre croissant de médiathèques qui incorporent les jeux vidéo (et plus précisément le retrogaming) à leur programme et les bars qui s’ouvrent de plus en plus nombreux. Parler du jeu vidéo et de son histoire, le pratiquer aussi, c’est utiliser un ciment pour se construire en commun.

Il y a bien les guéguerres intestines du type Wahwah contre Hedge, ou les polémiques contre le Joueur du Grenier ou Marcus, mais dans l’ensemble, on constate que le retrogaming est devenu un espace convivial et apaisé basé sur l’entraide et le volontariat. Voyez avec quelle bonne humeur les échanges se font sur Lacaz et combien ils ont fédéré leurs auditeurs ! Oui, vecteur essentiel de conversations, le retrogaming offre toutes les garanties pour tisser des liens de qualité, d’autant que le discours autour du jeu vidéo ancien a gagné en maturité puisqu’il est prononcé dans son ensemble par des adultes de bonne volonté.

Grâce à l’activisme de passionnés, le retrogaming a grandement contribué à l’effort de réhabilitation du jeu vidéo. En le rendant sympathique et en faisant de lui un sujet d’étude, le jeu vidéo effraie de moins en moins dans les chaumières et auprès des médias. Il est vrai que montrer à ses détracteurs les plus virulents un épisode de Mario aura tendance à plus les rassurer qu’une séquence de Dark Souls !

Un espace de transmission

Nous avons commencé jeune et nous prenons des rides. Certains d’entre nous sont devenus parents et ce loisir de gosses est devenu un hobby adulte. Mikadotwix ne me contredira pas, il y a chez les plus jeunes un plaisir immédiat et une certaine appétence à découvrir les jeux « historiques ». La difficulté n’est donc pas de montrer les choses, mais de séparer le bon grain de l’ivraie.

Le retrogamer se transforme ainsi en passeur. La démarche d’archivage et de sauvegarde, cette quête quasi impossible et désespérée de l’exhaustivité, Pix n Love, Lacaz, MO5, MobyGames ou encore unseen.com (qui répertorie les jeux avortés) l’accompagnent heureusement d’une mise en perspective. Dans la grande bibliothèque que les prochaines générations de gamers consulteront, je suis, ils sont et vous êtes ceux qui transmettent le message.

Par nos blogs, nos podcasts et nos commentaires, que nous soyons passéiste, collectionneur, bricoleur, développeur, historien ou simple nouveau venu, nous construisons une certaine idée du retrogaming qui dépasse la simple nostalgie. Formateur et véhiculant des savoir faire techniques et artistiques, le retrogaming est selon moi la meilleure porte d’entrée vers le numérique.

J’en veux pour preuve ces associations comme Fréquence Ecole ou Pédagojeux qui utilisent le retrogaming pour promouvoir l’accompagnement des pratiques numériques des enfants et des adolescents par leurs parents. L’usage du Retrogaming permet aux parents de se mettre à la place de leurs adolescents, de relativiser leurs inquiétudes et d’envisager des scénarii positifs autour du jeu vidéo. Plus encore, c’est l’occasion idéale de favoriser un temps de partage familial, ludique, autour de parties jouées en famille.

Conclusion

Je crois qu’aimer le jeu rétro, c’est comme aimer Canal+ à ses débuts ou l’émission Droit de Réponse, c’est aimer un ensemble de choses qui sont de l’ordre de la spontanéité et de la grande récréation. Hebdogiciel, Micronews, Televisator, le catalogue de jeux Amiga… tout un joyeux bordel duquel sort une émulation saine (sans jeu de mot). De ce point de vue, oui, je suis passéiste. Mais en l’étant, je crois être progressiste car ma pratique s’accompagne de discours. C’est ce que j’ai en commun avec Lacaz et c’est ce qui me passionne dans le retrogaming.

Épilogue

2034. Il est devenu absolument impossible pour le commun des mortels de jouer sur Atari 2600 ou XBOX ONE. Préservés dans le Musée du Jeu Vidéo de l’Association MO5.com dont la collection permanente se trouve au Palais de Tokyo, les vieux matériels attirent 220 000 visiteurs par ans.

Ceux qui ont connu la Playstation 8 se souviennent de la rusticité de la console. Sony n’est plus et Sega vient de sortir une nouvelle machine. Une aile du bâtiment est aménagée à la gloire des précurseurs du retrogaming francophone : 300 mètres carrés vous présentent documents à l’appui la vivacité de la joyeuse bande de Lacaz, la ténacité des forçats de l’association MO5.com, le talent d’un Jibé… tout ceux sans qui tout cela aurait disparu.

1 commentaire

  1. sseb22 dit :

    Ton point de vue est très intéressant, merci !
    Et la conclusion, en tant que membre de MO5.COM, est tout à fait pertinente !!

    A+
    Seb

    PS : félicitations pour ta GBA ! (et oui, pour moi, une console, c’est TOUJOURS féminin !)

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