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La Seconde Guerre Mondiale

Vous n’êtes pas sans savoir que ce 06 juin nous célébrons le 70ème anniversaire du débarquement allié. Le jour où la France occupée sentit poindre un souffle de liberté sur les côtes normandes. Si aujourd’hui je ne ferai pas de cours d’Histoire, j’avais malgré tout envie de célébrer à ma manière ce jour historique en revenant sur 10 jeux qui se sont servis de la WW2 comme terrain de jeu. Parfois des jeux marquants (en bien ou en mal) à leur sortie, parfois des jeux qui m’ont profondément marqué à mon humble niveau. Il sera aussi intéressant de voir la manière dont l’Histoire fut traitée au fil du temps, les genres plébiscités, les titres marquants, tout en conservant bien entendu la limite de La Caz’ Retro à savoir « 10 ans minimum ».

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Les Sanglots longs des violons de l’automne…

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Jouer avec la Guerre, c’est une délicate affaire. Alors quand on se replonge loin dans l’histoire vidéoludique, pour se souvenir du traitement de la seconde guerre mondiale, on peut s’étonner, se surprendre même, de voir une industrie majoritairement réservée, voire sage, sur le sujet. Aussi avons-nous assisté dans les années 80 à la sortie d’une majorité de jeux de stratégie et autre wargame sur la seconde guerre mondiale. Des titres comme Computer Bismarck sur AppleII (1980), ou même Arnhem sur Ms-Dos (1985). Des jeux de stratégies classiques et sérieux reprenant un background historique et une belle jaquette pour attirer le regard du chaland. Mais il n’y a pas eu que des wargames à cette époque, bien évidemment; alors attardons-nous un peu sur ces premiers titres sortant des carcans seriousgaming des wargames de nos papas.

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1974 – TANK!

edito1Repartons en arrière avec l’un des tous premiers jeux prenant place durant la Seconde Guerre Mondiale. TANK! , jeu d’arcade multijoueurs développé par KeeGames en 1974. La plupart des joueurs ont connu ce titre grâce à sa version Atari2600 disponible dans la compilation « COMBAT » de 1977. C’était un jeu de shoot jouable à deux joueurs, et comme son titre le laissait supposer, nous y jouions des tanks. Tank! n’est pas un jeu sérieux, c’est un jeu d’arcade malin, avec des obstacles, des mines, des obus qui ricochent contre les murs, du scoring… c’était un vrai jeu de bar avec un joli sticker de borne typé WW2. (vidéo de gameplay)

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1981 – Castle Wolfenstein

edito2Début des années 80, début d’une licence qui perdure encore aujourd’hui. Castle Wolfenstein ! Point de first person shooter dans ce titre AppleII développé par MuseSoftware, mais l’un des tous premiers jeux d’infiltration avec le 005 de SEGA, rien que ça! Le but de ce jeu d’aventure-infiltration en vue du dessus était d’infiltrer le fameux Château de Wolfenstein afin d’y dérober aux Nazis des plans top-secret. Nous pouvions éviter les ennemis, voler les uniformes des ennemis morts afin de passer inaperçu devant les gardes lambda, braquer un garde pour le neutraliser… Pour 1981  le jeu propose bien plus de possibilités que le Metal Gear de Kojima de 1987, l’air de rien. Je pourrais évoquer finalement la série Wolfenstein dans sa globalité, avec Beyond Castle Wolfenstein qui reprenait l’histoire du Projet Valkyrie; Wolfenstein 3D et Return to Castle Wolfenstein qui ont marqué chacun leur tour le genre du FPS. Une série qui s’est toujours servie de sa thématique pour enrober son gameplay de manière intelligente. (vidéo de gameplay)

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1982 – B-17 Bomber

edito3J’imagine que la plupart d’entre vous s’attendait à ce que je parle du 1942 de Capcom sorti en 1984, mais j’ai eu envie de mettre en avant un titre plus obscur sorti deux ans plus tôt sur l’Intellivision de mon papa. Parce que c’est également un jeu de shoot des années 80 se déroulant durant la Seconde Guerre Mondiale, parce qu’il alterne une carte stratégique et une vue à la première personne , et aussi parce que dès 82 il proposait des voix digitalisées pas dégueulasses du tout ! B-17 Bomber fait partie de ces jeux qui voulaient à mon sens trop en faire et qui en était au final assez difficiles à prendre en main, et en fin de compte pas si fun. Alors comme c’était la console de mon père, j’appelais ça « les jeux de papa », ce qui pourrait être une catégorie bien spécifique dans l’histoire vidéoludique quand on y pense. Avec le recul c’est un jeu malgré tout assez complet, qui traite son sujet de manière assez intelligente, là où 1942 était un shmup pur et dur avec un enrobage WW2. (vidéo de gameplay)

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1985 – Silent Service

edito4Autre genre sur-représenté dans les années 80 quand on parle de WW2 dans les jeux vidéo : la Simulation. Wargames et Simulations, tels étaient les deux styles prédominant sur le sujet à l’époque. Et on peut le comprendre, c’est bien plus simple de vendre un jeu sérieux sur le sujet qu’un jeu de plateforme ultra coloré qui aurait été à l’époque totalement hors-de-propos. Alors pour parler de simulation, j’ai envie de m’attarder sur Silent Service de Sid Meier sorti en 1985 sur les micro de l’époque. Comme beaucoup de jeux estampillés Sid Meier, Silent Service est une simulation vraiment complète pour son époque. Et comme beaucoup de simulations, c’est lent, très lent. Et quand en plus c’est une simulation de sous-marin, c’est excessivement lent, et réservé uniquement à une niche de masochistes d’USS. Mais eux, très honnêtement, ont dû s’amuser comme des petits fous. Une fois de plus la Seconde Guerre Mondiale était traitée sans fioriture, très sérieusement. (vidéo de gameplay)

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1986 – The Great Escape

edito5Nouveau genre dans la thématique avec cette fois-ci un jeu d’évasion. Adaptation du film de 63 avec Steve McQueen, La Grande Evasion par Denton Designs, édité par OceanSoftware sur les micro-ordinateurs de l’époque était un jeu d’aventure à l’opposé du Wolfenstein de 81 puisque le but n’était pas d’infiltrer une place forte allemande, mais de s’y échapper. Le jeu optait pour une vue isométrique assez commune pour cette époque; et un découpage en tâches journalières comme l’appel, la cantine, l’exercice, etc… Des tâches auxquelles le joueur doit assister impérativement s’il ne veut pas être pris à partie par les gardes du camp. Le but du jeu sera donc à l’instar du film de récupérer les outils nécessaires à votre évasion, sachant que le jeu proposait différentes méthodes pour y parvenir. La thématique s’appuie bien évidemment sur le film, mettant en scène des prisonniers américains plus malins que les gardes allemands, mais offre en jeu un savant mélange de réflexion et de tension là où Wolfenstein misait sur l’aventure et l’exploration. Comme quoi, selon qu’on souhaite entrer ou sortir, on obtient des jeux aux ambiances radicalement différentes. (vidéo de gameplay)

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Blesse mon cœur d’une langueur monotone.

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Si les premières années de notre médium ont donc vu poindre nombre de jeux sur la Seconde Guerre Mondiale, force est de constater que les années 90, et particulièrement la génération des consoles 16-bits, furent sensiblement plus avares sur cette thématique. À l’instar de The Great Escape, les adaptations de films en jeux furent par contre légion, et au cinéma la Seconde Guerre Mondiale n’était plus le théâtre de la bravoure au son du cri de Willhelm. Aux débuts des années 90 le ton était plus à La Liste de Schindler de Spielberg ou Le Patient Anglais de Minghella concernant la WW2. Un changement de ton qui s’en est fait ressentir au niveau des sorties vidéoludiques, plus portées sur le terrorisme et la guerre du golfe. Je noterai malgré tout l’étonnant  Barbarossa de SystemSoft sorti en 1992 sur SuperFamicom; un jeu de stratégie qui nous donnait le contrôle de la Wehrmacht contre l’armée Russe. Un des rares jeux à nous mettre de facto dans le camp de l’AXE, avec en couverture un portrait d’Hitler. On comprend alors que le jeu n’ait jamais dépassé les frontières du Japon. Néanmoins, ce relatif désamour pour cette période de l’Histoire prit fin en 1998 avec la sortie du Il faut sauver le soldat Ryan de Spielberg. Une année charnière qui vit le retour massif de la thématique dans le médium jeu vidéo, portée par les avancées technologiques d’une 3D de plus en plus maîtrisée.

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1998 – Commandos : Behind Enemy Lines

edito698 fut une année extraordinaire pour le jeu PC, des jeux magnifiques, intelligents, longs… « des jeux pc quoi ». Parmi eux, Commandos de PyroStudios. Jeu d’infiltration en sublime 2D à l’instar d’un Baldur’s Gate sorti la même année, mettant en scène un groupe de forces spéciales durant la Seconde Guerre Mondiale. Un titre minutieux, à la fois dans son gameplay, mais également dans la représentation de son univers. L’Histoire n’est plus un enrobage visuel, le studio espagnol imprègne son jeu d’un soin, d’un respect même. Le médium a mûri. Le jeu, il est profond. Vous commandez un groupe de six commandos aux habilités diverses afin de mener à bien différentes missions secrètes. Tactique et Discrétion sont de mise dans ce jeu à la beauté saisissante. Coordonner ses commandos, suivre en direct les mouvements ennemis, planifier et réagir pour remporter la victoire…  Ce jeu est jouissif tout comme il est stressant. À l’instar de Metal Gear Solid la même année (quand je vous dis que c’est une année de dingue), on retrouve les cônes de vision des ennemis, tout comme les traces de pas dans la neige, les diversions, etc… Commando est un jeu d’infiltration très exigeant, très intelligent, dans la droite lignée d’un Castle Wolfenstein oserais-je ajouter. Et dire qu’aujourd’hui PyroStudios fait du jeu mobile… Ils n’avaient pas qu’à transformer la série en FPS lambda. (vidéo de gameplay)

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1999 – Medal of Honor

edito7Lorsque je disais que la sortie du film Saving Private Ryan avait eu un impact sur les sorties vidéoludiques, le jeu qui suit fait figure d’exemple flagrant. Pensé par sieur Spielberg himself et développé par sa boite DreamworksInteractive (plus connue aujourd’hui sous le nom DICE L.A), Medal of Honor fut longtemps appelé par la presse « Le Soldat Ryan – le jeu « . Telles étaient les ambitions du titre à l’époque. À sa sortie sur Playstation, ce fut un bien beau succès et la montée en puissance du genre « FPS WW2 » qui déferla sur nos étales durant une bonne décennie. Dans les faits, Medal of Honor est un clone honorable du GoldenEye de RareWare sorti deux ans plus tôt. On y joue d’ailleurs un agent secret durant la Seconde Guerre Mondiale (évitant de ce fait les scènes de troupes), Jim Paterson de l’OSS. Le jeu était doté d’une excellente ambiance, mais on sentait ça et là les différences entre le monde du PC et des Consoles, avec un jeu moins exigeant avec son sujet malgré une portée « pédagogique » intéressante entre les missions à grand renfort d’images d’archive remettant l’aventure dans le contexte de la guerre. On avait l’habitude de dire que dans Medal of Honor, on bute l’armée allemande tout seul, la fleur au fusil. Et ce n’était pas forcément faux. (vidéo de gameplay)

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1999 – Hidden & Dangerous

edito8La même année, sur PC, on pouvait jouer à Hidden & Dangerous de IllusionSoftworks, les papas de la série MAFIA. Si j’ai eu envie de parler de ce jeu, au-delà du fait que je suis un énorme fan de cette série, c’est qu’il fait à mon sens le pont entre les deux titres précédents. H&D est un jeu de tactique d’escouade en temps réel, où le joueur est libre de choisir sa stratégie. Il peut ainsi opter pour un pur titre de stratégie ou faire parler la poudre avec ses multiples caméras allant du TPS lointain jusqu’au classique FPS. Ce jeu est une expérience extraordinaire. Le mélange génial entre la tactique et l’action dans un univers extrêmement respectueux. Une fois de plus on opte pour les forces spéciales pour ne pas avoir à montrer trop de troupes à l’écran, mais la tension de la mission est palpable, la peur de perdre un membre de son équipe est permanente. Le studio fera le break sur l’ultime épisode de la série en 2003, série qui tarde à mon grand dam à revenir sur le devant de la scène. (vidéo de gameplay)

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2000 – Sudden Strike

edito9Genre ultra plébiscité comme je l’évoquais durant la première partie, le jeu de stratégie basé sur la Seconde Guerre Mondiale n’a pas tardé à revenir en force, aidé par les avancées des ténors du genre comme Blizzard ou Westwood. Parmi ces nouveaux STR, Sudden Strike de CDV sorti sur PC en 2000. Optant pour une vue isométrique à tomber par terre, ce jeu de stratégie allemand tranche avec les maîtres du genre par son approche particulièrement réaliste des combats de troupes, ce qui manquait cruellement dans les précédents jeux. En effet, dans Sudden Strike il n’y a pas de gestion de matières premières, de paysans ou autre système de ressources autre que vos hommes et vos matériels. Les cartes sont vastes, les environnements totalement destructibles permettent de se faire une idée du désastre, et le respect pour les armements et les unités des différents camps est remarquable de minutie. Là où le ton était alors à l’immersion dans la peau d’un ou plusieurs soldats au cœur du conflit, Sudden Strike nous faisait alors prendre de la hauteur pour mieux nous montrer l’horreur froide de la guerre : les villages bombardés, les hommes sacrifiés… Entre un STR et un FPS nous pouvions espérer avoir les deux visions de la guerre, sans fioriture, mais les limitations techniques étaient telles qu’à l’époque on se cantonnait à tirer sur des nazis qui gueulent en allemand plutôt que de vivre une véritable expérience immersive à la première personne d’un simple soldat au sein d’une escouade. (vidéo de gameplay)

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2002 – Battlefield 1942

edito10Et pour terminer, un choc, que dis-je? Un raz-de-marée. La première fois que j’ai entendu parler de Battlefield 1942, je n’ai pas compris le projet. Oui, on me parlait d’un jeu de tir durant la Seconde Guerre Mondiale, mais sans campagne solo. Hein? Comment un jeu pourrait tenir avec seulement un pauvre mode multijoueurs? Et oui, je ne m’attendais clairement pas à ça. Aujourd’hui Battlefield est connu de tous, un peu comme Call of Duty sorti l’année d’après en 2003; mais le public a diamétralement changé, et je pense que le pourcentage des joueurs actuels de ces deux licences ayant pratiqué à l’époque les premiers opus est particulièrement faible. Ce qu’on pouvait autrefois reprocher à un Medal of Honor, à savoir de n’être qu’un simple soldat face à toute l’armée allemande, ne tenait plus. Ici nous étions un soldat parmi d’autres, eux-mêmes étant des joueurs. Des cartes gigantesques bien loin de la structure d’un Counter Strike, la référence à l’époque en matière de FPS multi; des véhicules en tout genre, des ambiances singulières en fonction des maps et des escarmouches particulièrement immersives… Battlefield a indéniablement marqué son époque. Oh bien sûr il restait un shooter online avant tout, il n’a jamais eu l’ambition d’être une simulation pointue. Mais malgré cette orientation, avec par exemple le fait qu’on respawn facilement afin de maintenir un nombre important (pour l’époque) de joueurs sur le champ de bataille, l’impression de faire partie d’une escouade et non plus d’une équipe comme Day of Defeat l’année d’après changeait radicalement l’immersion du joueur. C’est malheureux que la série s’obstine à rester dans les conflits contemporains, car les souvenirs de ce premier Battlefield sont encore bien vivaces. (vidéo de gameplay)

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Evidemment il y en a d’autres et je vous laisse le soin de mentionner vos titres préférés dans les commentaires de cet édito. Alors qu’aujourd’hui la Seconde Guerre Mondiale est une période de l’Histoire délaissée par le médium, il m’a paru intéressant en ce 70ème anniversaire du débarquement de revenir sur certains de ces titres marquants. Car l’évolution d’une même thématique au fil du temps est un moyen concret de réaliser l’évolution de son support. À titre personnel je sais avoir plus appris sur la Seconde Guerre Mondiale par le cinéma ou les jeux vidéos, qu’à l’école. Car aussi difficile soit la thématique, il est toujours plus facile de l’intégrer par le biais du ludisme ou du divertissement. Si ces jeux ont pu apprendre à des enfants le déroulement et les enjeux de cette Guerre, ça sera toujours ça de pris. 

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